
Je suis parti d’une simple phrase » Gamaches le maire indique que la commune a vu un de ses habitants fusillé par l’ennemi sans en indiquer le nom. » aprés de multiple recherches dans divers site je peut aujourd’hui mettre en lumiere le destin tragique de ce jeune homme qui n’apparrais nul part dans l’histoire de Gamaches.
Par ce modeste article, je souhaite lui rendre son nom, raconter son histoire et lui rendre l’hommage qu’il mérite.
Car si les archives peuvent parfois réduire une existence à quelques mots, il nous appartient aussi, lorsque cela est encore possible, de redonner une mémoire à ceux que l’Histoire a laissés dans l’ombre.
Le 18 novembre 1943, en pleine Occupation allemande, André Lombard, un jeune homme de Gamaches âgé de seulement 18 ans, est mortellement blessé par une sentinelle allemande alors qu’il se trouve sur le territoire de Longroy. Transporté à l’hôpital allemand de Gamaches, il y meurt quelques heures plus tard.
Les documents d’archives permettent aujourd’hui de reconstituer assez précisément les circonstances de ce drame, mais également de retrouver l’identité de ce jeune Gamachois, dont le souvenir était encore évoqué après la Libération, mais qui est aujourd’hui tombé dans l’oubli.
André Julien Lombard, un jeune homme de Gamaches
André Julien Lombard naît à Gamaches le 31 mai 1925 à 3 h 30 du matin. Son acte de naissance, enregistré sous le numéro 33, confirme son identité et sa date de naissance.
Le document administratif établi après sa mort comporte toutefois une erreur : la préfecture de la Somme indique qu’André Lombard est né le 31 mars 1925. L’acte d’état civil, source originale dressée au moment de la naissance, permet de retenir la date du 31 mai 1925.

En 1943, André Lombard est célibataire et travaille comme verrier à la verrerie Annebicque. Il réside à Gamaches, dans la cité Saint-Martin. Il n’a que 18 ans lorsque survient le drame.
Le document essentiel permettant de connaître les circonstances de sa mort est un rapport conservé dans les archives de la préfecture de la Somme.
Daté d’Amiens, le 19 novembre 1943, il émane du cabinet du préfet et reproduit un message reçu du Commissariat spécial à 13 heures.
Le rapport situe les faits la veille :
« Le 18-11-43, vers 19 h. 30, le nommé LOMBARD (André), demeurant à Gamaches, a été surpris par une sentinelle allemande alors qu'il dérobait de l'essence au dépôt situé sur le territoire de la commune de Longroy (S.I.). »
Ainsi, vers 19 h 30, André Lombard se trouve à proximité d’un dépôt d’essence installé à Longroy. Le document affirme qu’il est surpris par une sentinelle allemande alors qu’il dérobe de l’essence.
Il faut ici conserver la formulation et la prudence imposées par la source : il s’agit de la version rapportée par l’administration française à partir des renseignements reçus du Commissariat spécial. Le document ne permet pas, à lui seul, de connaître les motivations d’André Lombard ni de savoir précisément ce qu’il comptait faire de cette essence.
Le rapport poursuit :
« LOMBARD se voyant surpris s’est enfui et n’a pas obéi aux sommations faites par la sentinelle qui a alors tiré sur lui, l’atteignant à l’épaule droite. »
Le rapport précise qu’il est transporté « aussitôt à l’Hôpital allemand de Gamaches », où des soins lui sont prodigués.
Malgré ceux-ci, son état ne peut être stabilisé.
Quelques heures seulement après avoir été atteint, André Lombard succombe à sa blessure.
Le document administratif fixe son décès au 18 novembre 1943 à 22 heures.
Entre le coup de feu, situé vers 19 h 30, et sa mort, environ deux heures et demie se sont donc écoulées.
Son corps rendu à sa famille
Après son décès, le corps du jeune homme est rendu à sa famille.
Le rapport du 19 novembre indique simplement :
« Le corps a été ramené au domicile de ses parents. »
Cette phrase particulièrement sobre clôt le récit administratif d’un événement qui, pour la famille Lombard, signifie la mort brutale d’un garçon de 18 ans.
Une fiche conservée dans le dossier des personnes fusillées pendant l’Occupation porte également son nom :
Lombard André – Gamaches – 18 novembre 1943 – n° 34.
Une autre source administrative permet de retrouver André Lombard : la Table des successions et absences.
Il y apparaît sous l’identité Lombard André Julien, avec Gamaches comme lieu de décès et la date du 18 novembre 1943.
Deux ans après le drame, à l’occasion de l’anniversaire de sa disparition, sa famille fait publier une annonce dans la presse locale.
On peut y lire :
« De la part de Madame Veuve LOMBARD, sa Mère ; toute la Famille et ses nombreux amis, un Service Anniversaire sera célébré, le 16 Novembre, à 10 heures, en l'église Sainte-Pierre et Saint-Paul de GAMACHES, pour le repos de l'âme de André LOMBARD décédé le 18 novembre 1943, tué par les Allemands. »

Une question demeure : pourquoi André Lombard cherchait-il à prendre de l’essence dans ce dépôt ?
Le document du 19 novembre 1943 ne donne aucune explication. Il se contente d’affirmer qu’il « dérobait de l’essence ».
Dans le contexte de l’Occupation, l’essence est une denrée étroitement contrôlée et difficile à obtenir. Mais aucun des documents présentés ne permet d’affirmer si André Lombard agissait pour son usage personnel, pour quelqu’un d’autre ou dans un autre but.
Il serait donc hasardeux de transformer cet épisode en acte de Résistance sans disposer d’une source supplémentaire établissant un lien avec un réseau ou une organisation résistante.
L’histoire d’André Lombard rappelle aussi combien l’Occupation pouvait entraîner des drames à l’échelle locale.
Il ne s’agit pas ici d’un combat militaire ou d’un bombardement. L’événement se déroule entre Longroy et Gamaches, dans un environnement familier aux habitants de la vallée de la Bresle.
Les documents présentés permettent de croiser plusieurs sources : acte de naissance d’André Julien Lombard, Gamaches, n° 33, 31 mai 1925 ; recensements de population de Gamaches ; Préfecture de la Somme, Cabinet du préfet, rapport du 19 novembre 1943 relatif aux événements de Longroy ; dossier « Liste des personnes fusillées pendant l’Occupation », fiche n° 34 ; Tables des successions et absences ; presse locale, avis de service anniversaire publié en novembre 1945.
Note historique : une divergence apparaît entre les documents concernant la date de naissance d’André Lombard. Le rapport préfectoral du 19 novembre 1943 indique le 31 mars 1925, tandis que l’acte de naissance porte le 31 mai 1925. C’est cette dernière date, provenant directement de l’état civil, qui doit être retenue.
