1948 retour du calvaire sur la falaise (photo collection Dany Gossard)

L’incident du Tréport

L’hiver passé(1886), la croix du Calvaire qui domine le Tréport s’est écroulée, minée par le temps ; grâce à la charité privée, on reconstruisit bientôt ce monument de la foi chrétienne et, mardi (1887), la population du Tréport, gens de mer et Parisiens en villégiature, inaugurèrent le Calvaire réédifié. La Patrie, qui rend compte de cette touchante solennité, mentionne avec regret un incident pénible.

Un certain nombre de matelots habitant aujourd’hui le Tréport et récemment licenciés du service avaient, en l’honneur de cette magnifique solennité, revêtu leur grande tenue de marins.

Au nom du commissaire central maritime, paraît-il, la gendarmerie vint leur intimer l’ordre d’avoir à quitter immédiatement leur costume, s’ils voulaient prendre part à la procession.

Un instant, on put croire que cette ridicule mesure allait soulever une véritable émeute ; mais grâce à l’influence de certaines notabilités que nous ne voulons pas nommer, les braves marins se sont résignés à quitter leur grande tenue pour reprendre leur costume de travail et repartir en tête du cortège, au milieu des acclamations et des applaudissements d’une foule enthousiaste.

C’est égal, M. Rouvier fera bien de réfléchir sur la portée d’une semblable manifestation religieuse et sur les conséquences que pourraient occasionner à l’avenir d’aussi odieuses vexations.

Dans les circonstances actuelles, nous ne voulons pas supposer que le président du Conseil, qui ne détient le pouvoir que grâce à la tolérance des conservateurs, ait pu, même indirectement, être l’instigateur des mesures réprouvées par toute la population sans exception, républicaine comprise.

Toutefois, la patience elle-même a une limite et M. Rouvier fera bien de calmer le zèle des fonctionnaires nommés par le précédent cabinet, s’il ne veut pas que les plus conciliants la rendent sous peu aux loisirs de la vie privée.

Photo – 1948 : la remontée du Calvaire sur la falaise (Collection Dany Gossard)

Le Calvaire déplacé

Nous avons maintes fois signalé que des éboulements ont eu lieu à la hauteur du magnifique calvaire qui domine le Tréport, à l’entrée du domaine des Terrasses.

La situation était devenue dangereuse, puisque la petite balustrade en fer qui entourait le monument surplombait le vide. Aussi M. l’abbé Houx, curé du Tréport, pour éviter la chute du calvaire et les accidents qui auraient pu se produire, résolut-il l’enlèvement de la croix.

Les travaux préliminaires durèrent une huitaine de jours. Ils furent effectués par la maison Poyen, et, finalement, le calvaire, qui ne pèse pas moins de 8.000 kilogrammes, put être enlevé.

Les habitants qui habitent au pied de la falaise avaient été prévenus d’évacuer leurs maisons au moment du déplacement de l’édifice. Tout se passa heureusement très bien.

(Article de 1924 – source communiquée par Yvan Martine Beaudoin)

Le Calvaire des Marins

Voici, dans ses grandes lignes, le programme de la cérémonie de la réinstallation du Calvaire des Marins à sa place normale, sur la falaise, le dimanche 18 juillet.

À 9 heures, à la mairie, réception de Mgr Lemonnier, accompagné de NN. SS. Cahard et Santoi, vicaires généraux de Rouen.

À 9 h. 30 à l’église, messe en musique, avec le concours de la Maîtrise paroissiale et de la Musique Municipale.

À 10 h. 15, départ pour la falaise : place de l’église, rue Abbé Vincheneux, rue Suzanne, rue de Dieppe, rue du Calvaire.

Les habitants sont cordialement invités à pavoiser et à orner leurs maisons sur le passage du Christ, qui sera porté par des équipes de 8 marins tréportais.

À 11 h., cérémonie de la bénédiction sur la falaise. Chant de cantiques par les fidèles pendant la pose du Christ sur la Croix ; bénédiction du Calvaire ; allocution de Mgr Lemonnier, suivie par des manifestations.

À 11 h. 15, retour par la rue du Calvaire et la rue de Dieppe. Arrêt au Monument aux Morts du cimetière ; dépôt d’une gerbe de fleurs par Mgr Lemonnier.

Vers 12 h. 30, sur la place de l’église, fin de la cérémonie.

Les habitants du Tréport et des pays environnants, les résistants, sont invités à assister à cette importante cérémonie avec le Clergé, la Municipalité, les diverses sociétés locales et les marins du Tréport.

Le Calvaire des Marins va retrouver sa place d’honneur

Ainsi que nous l’avons déjà annoncé — et l’on trouvera le détail de la cérémonie dans les annonces paroissiales — le Calvaire de la Falaise retrouvera sa place d’honneur, le dimanche 18 juillet. Cette place, demeurée vide pendant les années de l’occupation, reprendra sa physionomie d’avant-guerre ; signe nouveau du relèvement des ruines.

Il y a 88 ans que la falaise du Tréport est dominée par l’image de celui dont on peut dire qu’il fut le premier « Libérateur » de l’humanité, le fondateur de la religion et de la civilisation qui ont résisté à tous les assauts et toutes les tempêtes.

C’est, en effet, le 20 août 1860 que fut érigé, au sommet de la falaise du Tréport, le Calvaire, à la suite d’un vœu fait par les survivants d’un sinistre maritime, au cours duquel se perdirent, corps et biens, un certain nombre de barques tréportaises.

L’abbé Vincheneux était alors curé du Tréport. Les marins portèrent eux-mêmes le Christ, au milieu d’un grand concours de fidèles, et le P. Lavigne prit la parole.

Cependant, l’arbre de la Croix n’était pas d’une essence à toute épreuve ; il s’abîma vite. Puis des éboulements jetèrent à bas le Calvaire, en 1886 ou 1887. Un nouveau Calvaire fut donc érigé en 1887, dans une remarquable solennité, en présence d’une affluence considérable venue des deux bords de la Bresle ; les anciens se la rappellent encore.

En 1942, les Allemands se mirent en mesure de supprimer le Calvaire, objectif militaire, paraît-il. M. Léopold Testut, maire, alla protester auprès d’eux. Finalement, l’objet de la vénération des Tréportais fut descendu par eux, au moyen d’un tracteur, sur la place de l’église et, le Conseil Municipal, ayant voté la somme de 10.000 frs, pour sa réinstallation sur cette place, le travail fut immédiatement effectué.

Souhaitons que la cérémonie du 18 juillet mette fin définitivement aux tribulations de notre Calvaire, que M. l’abbé Houx, prédécesseur de M. l’abbé Foliot, avait dû reculer de quelques mètres, d’accord avec la Société Immobilière du Tréport — Terrasses, quand il fut menacé par l’éboulement.

(Bresle et Vimeuse, juillet 1948)

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